MARCHE DE SOUTIEN POUR LE RETOUR DE L’ATTACHE MILITAIRE
Mécontents du limogeage du lieutenant KEITA, les travailleurs de l’usine ont organisé une marche silencieuse de soutien en sa faveur à la sortie du travail ce lundi soir. Ce limogeage serait-il la goutte d’eau qui va faire déborder le vase dans les relations très tendues entre la direction et le syndicat de l’usine ?
En tout cas le timing et la méthode de ce changement de bidasse montre clairement que des ficelles ont été tirées pour sauvegarder des intérêts. Depuis l’échec des négociations salariales du mois d’avril avec l’un des coups d’éclats du Dadishow, le mois de novembre était attendu avec beaucoup d’impatience : la direction disait que la grille de salaire appliquée dans le secteur minier ne pourrait l’être ici qu’au mois de décembre.
A une semaine de l’ouverture des négociations avec le syndicat, la nouvelle du limogeage a été diversement accueillie. Elle fait aussi des heureux que des déçus.
Les déçus d’abord. Le malheureux capitaine, bien évidement, le collège syndical et une grande majorité des travailleurs. Habitués aux coups bas de la direction, ils l’accusent d’avoir cherché et obtenu la tête du lieutenant (qui a pourtant fait ses études dans le pays de Poutine) grâce à des lobbies très puissants qui dispose de relais jusque dans les sphères du CNDD. Le commerçant libanais Ali DAKHLALA est même montré du doigt car il serait mécontent d’avoir été écarté par le syndicat et le lieutenant du juteux marché de reprise de l’économat au profit d’un consortium irako-égyptien. Ils crient haut et fort que l’influence et la pression du lieutenant auraient fait céder la Direction et permis d’obtenir la fameuse grille. Malgré le divorce entre la majorité des guinéens et leur armée, le soutien de populations en faveur d’un corps habillé a franchement de quoi surprendre.
La Direction quant à elle, dit ne rien savoir et affirme avoir appris la nouvelle comme tout le monde. Mais il n’est un secret pour personne que le lieutenant KEITA devenait trop dérangeant, voire agressif à l’égard des russes et donc indésirable. Utilisant les mêmes méthodes que son mentor le Capitaine Dadis. A savoir arrogance, humiliation, brimades et menaces. Dans le genre, le Duce aurait difficilement fait mieux. Ses méthodes musclées font qu’il était devenu la terreur du personnel russe d’où leur soulagement à la nouvelle de son départ. Il était exigeant au point de devenir capricieux : réclamation de l’une des voitures du parc automobile ; promotion fulgurante de ses proches collaborateurs ; réfection totale de sa maison à l’Unité I ; aménagement d’un bureau autre que celui de son prédécesseur ; escorte rapprochée de 6 militaires en permanence ; interdiction à de nombreux travailleurs russophones d’entrer à la Direction en dehors des heures de services car accusés de collaboration ; etc.
Le considérant comme un allié sûr pour la conquête de la grille salariale, les travailleurs ont marché à pied vers la ville et ont convergé vers la Mairie pour un rassemblement. Ils ont promis d’engager les hostilités et exigent la réintégration du lieutenant à son poste sans conditions. La menace de débrayage est d’ailleurs clairement brandie.
Dans cet énième bras de fer entre la Direction et le Syndicat par conseiller militaire interposé, ce début de semaine s’annonce mouvementé dans la cité de l’alumine.Mais une question deumeure et non des moindres: si la Guinée a récupéré l'usine comme annoncé il y a deux mois, pourquoi faut-il s'adresser aux russes pour appliquer la grille salariale et bénéficier d'une augmentation? S'adresser directement à l'Etat guinéen aurait été mieux.
Si les travailleurs obtiennent gain de cause et que le Capitaine Dadis revient sur sa décision, peut-être que les forces vives pourront s’en inspirer obtenir elles aussi son départ du trône.
Abdoulaye Ciré CAMARA