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Publié par KOUYATE Boua, ARSYF/Conakry

Les époux KEITA Aboubacar

 

 

La rubrique ’’L’INVITE de LA SEMAINE’’ reçoit pour vous Monsieur Kéïta Aboubacar, le père Chérif, l’une des icônes dont les traces resteront toujours gravées dans les annales de l’histoire de la ville de Fria. Nous l’avons rencontré à son domicile en compagnie de sa famille. Suivez !

Friainfo : Bonjour Papa, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous dire comment et quand vous êtes venu dans la cité de l’alumine ?
Kéïta Aboubacar : Je m’appelle Aboubacar Kéïta, né en 1944 à Boké.
Je suivais ma formation dans une école de chemins de fer appelée TAMEC. Après notre indépendance, cette formation a été interrompue à cause du départ des professeurs qui étaient venus en Guinée pour former des cadres da ns cette école. En partant, ils nous ont initiés au train. Mais moi, je faisais parti de ceux qui ont été formés pour devenir des aviateurs.
N’ayant le choix, je me suis aussi reconverti en cheminot. C’est ainsi que je fus envoyé à Fria pour être embauché comme aide-conducteur de train en 1960 avec matricule 2345. Rapidement, je suis devenu conducteur titulaire. En six mois, je suis devenu agent de maîtrise M2. C’est pourquoi j’ai été nommé chef de train.
Ça s’est très bien passé parce que j’avais un parcours très court pour accéder à tous ces grades, car c’est ce que d’autres cherchent pendant dix ans sans en avoir. Mais moi en six mois, j’étais promu. Je ne suis pas un diplômé d’une université, mais j’ai réussi à m’initier à tout à Fria. Finalement, je suis devenu le cadre de la maison.
En voyant l’usine aujourd’hui avec les nouveaux venus, je vois le monde en l’envers, car ici dans les temps pour devenir un agent de maîtrise, il fallait avoir la maîtrise de son travail. Un agent de maîtrise était un très bon ouvrier conscient de ce qu’il fait. A l’époque, quand on te confiait une chose, tu la gères comme si c’était pour toi. Aujourd’hui, on voit des surveillants qui surveillent les travailleurs. Avant, on ne surveillait pas un homme, mais plutôt c’est le système qu’on surveillait.
Comment voyez-vous l’arrivée des Russes ?
Ecoutez ! Depuis 1960 nous sommes là. Tous nos amis d’âge sont partis, d’autres sont décédés, mais nous, sous sommes toujours ici.
Les français savent utiliser les hommes et tirer leur intérêt en respectant tout en aimant leurs collaborateurs. Avec eux, ça s’est bien très bien passé.
Avec les Américains, ils ont leur façon de faire différente de celle de la France. Ils sont venus pour essayer de créer une certaine situation pour aider tout le monde. Mais malheureusement, ils sont partis très tôt en laissant ce problème en suspens. Quand ils sont venus, ils ont essayé d’organiser un peu les entreprises. C’est ce qui fait souffrir un peu à Fria. Ils ont donné des catégories aux ouvriers, et ils sont allés trop tôt en laissant les ouvriers éveillés.
Quand les blancs sont venus, ils sont venus avec leurs entrepreneurs qui ont construit des cités et leurs cabanes pour recevoir leurs travailleurs.
Tous ces gens sont rentrés en laissant sur place deux entrepreneurs noirs. Il s’agit de Emile Jean Coker qui s’occupait de la maintenance et Diafodé Kaba qui faisait le chemin de fer. A part ces deux, ont surgi deux jeunes entrepreneurs qui ont beaucoup impressionné l’usine et les partenaires. Je veux parler de Sène Mandiaye et Fall.
Le mal que nous avons actuellement ici, c’est justement ce manque d’entrepreneurs qualifiés et compétents.
Aujourd’hui, nous avons un nouveau partenaire qui n’est pas facile à comprendre. Car on a tendance à voir les choses d’une autre manière.
Les Russes ne sont pas comme les Français où les Américains. Mais le système français était beaucoup plus efficace pour le fonctionnement de l’usine. Les Américains sont venus, ils ont excité les gens à l’argent. « Vous faites ça, on vous donne ça».
Quand aux Russes, bien qu’on n’ait pas fini de les découvrir, on continue quand même à les voir comment ils vont travailler avec les ouvriers. Eux-mêmes, ils ne comprennent pas.
A la longue, si on ne fait pas attention, ça va embêter tout le monde.
Comment appréciez-vous l’état actuel de la ville de Fria
Aujourd’hui, la ville est invivable avec les coupures incessantes d’électricité. Mais, ce n’est pas la faute aux Russes, la ville a connu ces derniers temps une extension inimaginable qui a accentué ces délestages. Pour résoudre ce problème, il faut une prise de conscience chez les populations qui l’utilisent.
Quant à l’insalubrité, on n’en parle pas. La cité est sale. Les Français, quand ils étaient là, ils ont évité que les cités soient sales en rendant tout le monde responsable.
Pour ce faire, ils organisaient des concours de jardin. Chaque fin d’année, c’est au mois de décembre exactement qu’on l’organisait pour encourager les gens à entretenir leur maison.
Quel est votre plus beau souvenir à Fria ?
Ecoutez ! Comme meilleur souvenir, je retiens que je me suis marié à Fria très tôt. Et j’ai eu des enfants que j’ai beaucoup aimés.
Qui sont ces enfants ?
J’ai six gosses. Il y a Mohamed chérif dont vous avez certainement entendu parler. Il fut champion de Guinée en natation. Il a fait un très bon parcours sportif. Et le destin lui a coupé la route. Il est aujourd’hui sur une chaise roulante.
J’ai une fille qui s’appelle Marie Marcelline Kéïta qui travaille à UGAR à Conakry. Il y aussi Makhissa Kéïta qui travaille à la SOBRAGUI. J’ai Abraham Kéïta aux finances de l’usine Friguia. Fatoumata Kéïta vivant en France. Enfin il y a le benjamin Mohamed Lamine Kéïta au Maroc.
Avez-vous des regrets d’avoir vécu à Fria ?
Non ! Je n’ai aucun regret d’avoir vécu à Fria parce que cette ville et son usine m’ont tout donné. Lorsque je suis venu ici, je n’achetais presque pas de véhicule. Chaque année je préparais les vacances de mes enfants. Je les ai toujours formés et suivis partout où ils partaient. C’est pourquoi, je prenais toujours mes congés pendant les vacances afin qu’on puisse se promener en allant parfois à Dakar, Abidjan...
Donc, je les ai appris à connaître le monde. Je crois qu’avec tout cela, je ne regrette rien aujourd’hui.
Merci papa
Je vous retourne l’ascenseur.
Entretien réalisé par Boua KOUYATE

 

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R
wow so happy to c you !!!!!!!!love
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