CE QUE J'AI VU A FRIA, LES QUARTIERS M'BALIA, ALPHA YAYA ET TABOSSY ENCORE PERDANTS
Sadigou BARRY est membre de l’ARSYF et a signé de nombreux commentaires sur friainfo. Vivant actuellement au Canada, il était à Fria en Août et Septembre dernier. Il nous livre ses réflexions sur la ville qui l’a vu naître et grandir.
Note : écrit en septembre dernier, certains sujets peuvent paraître déphasés par rapport à la réalité d’aujourd’hui. Veuillez ne pas en tenir compte.
Ce que j’ai vu à Fria
Les quartiers M’balia, Alpha Yaya et Tabossi encore perdants.
Il est incontestable que les travaux de reconstruction des routes de Fria ont enregistré de bonnes avancées. Les nouvelles routes ont sensiblement rehaussé la beauté de la ville qui retrouve partiellement son calme et sa tranquillité d’antan. Sans parler de la poussière et des nids de poule qui ont disparu du calvaire des friakas. Bref, Fria respire, sinon à plein poumons, du moins mieux qu’avant. C’est donc le lieu de rendre un vibrant hommage à la population de Fria et plus particulièrement à nos valeureux combattants qui ont payé de leurs vies en luttant contre l’injustice.
S’il faut se réjouir de cette nouvelle situation, il y’a tout de même lieu de reconnaître que l’injustice est loin d’être réparée. Il suffit de parcourir la ville pour déceler le profond sentiment de frustration qui anime les habitants des quartiers N’balia, Alpha Yaya et Tabossi. «Nous nous sommes battus avec courage et détermination. D’ailleurs nous sommes les premiers à nous lever pour exiger le bitumage des route, rappelle I. Sylla, domicilié à M’balia. Mais on a oublié tout cela aujourd’hui. On a l’impression qu’on nous en veut pour notre courage puisque tout le monde sait que c’est nous qui avons été au devant de la scène. Nous n’avons pas eu peur des forces de l’ordre qui ont été dépêchés de Conakry. Nous avons servi de chaire à canon et avons rendu la vie impossible aux autorités. Mais nous n’avons malheureusement rien eu. Qu’ils sachent tout de même que nous ne baisserons pas les bras. La lutte va assurément continuer en début de saison sèche, poursuit-il». « Nous n’avons rien à Tabossi. Nous continuons, depuis toujours, à subir la pire des injustices. On oublie souvent que ce lieu est le plus vieux quartier de Fria. Mais c’est malheureusement le coin le plus démuni et le plus délabré de la ville. Il faut cesser de baver sur les blancs. C’est plutôt à nos dirigeants qu’il faut s’en prendre puisque tout cela est le résultat de leur irresponsabilité et de leur manque de scrupule. On nous a laissé entendre que Tabossi sera bitumé après la saison pluvieuse. Nous croisons les doigts et attendons de pieds ferme, car cette situation doit cesser, et elle va cesser », fulmine Mamadou Diallo, élève au lycée A. Cabral.
Tous les témoignages concordent pour soutenir que «ce sont les jeunes de N’balia et Alpha Yaya qui sont descendus dans les rues pour exiger le bitumage des routes». Je ne suis pas alarmiste, mais nul besoin de rappeler que l’injustice est un ennemi redoutable de la paix et de la stabilité. Il faut le dire, il est frustrant de se battre pour une cause et de se voir mis à l’écart lorsque vient le temps de bénéficier de ce pourquoi on s’est battu. Il suffit de voir, sur le plan infrastructurel, le contraste qui sépare les cités et les quartiers environnants. Pourtant, nous y avons tous une tante, un oncle ou un beau parent. Si, dans un premier temps, il a été nécessaire d’user de la violence pour exiger le bitumage des routes, il me semble, qu’à travers une série de concertations avec les autorités, nous pouvons obtenir l’extension du chantier aux principaux quartiers de la ville. En tout cas nous ne devons pas baisser les bras. Nous avons le devoir d’être actif jusqu'à obtenir gain de cause pour nos amis. Puisque tout le monde a finalement compris que la liberté ne se donne pas, sans forcement user de la violence, les friakas sont désormais à mesure de se faire entendre. N’est-ce pas qu’un pays organisé est un pays ou la jeunesse est capable, quand-il le faut, de taper du poing sur la table pour défendre ses intérêts?
Plus qu’une simple question de bitumage de routes, il s’agit en fait de prendre part au processus de construction d’un partenariat actif et responsable.
Alors, ensemble, disons tous que M’balia, Alpha Yaya et Tabossi ne seront pas perdants !
Sadigou Barry
Université Laval, Québec